Des mots qui libèrent

mardi 16 décembre 2014

Premières impressions de mon travail d’écrivain public en prison.

« En vingt-cinq ans de prison, je n’avais jamais vu ça. » Ça, c’est l’aide que j’ai pu apporter, en ma qualité d’écrivain public, à Martial (le prénom a été changé) incarcéré depuis quelques mois au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran (CPOS). Demandes de carte nationale d’identité, de couverture maladie universelle ou encore d’aide juridictionnelle, courrier à son avocat : pour Martial, c’était « mission impossible ».
Depuis novembre 2014, dans le cadre du Conseil départemental d’accès au droit du Loiret, j’assure une permanence hebdomadaire de trois heures au sein du CPOS, un établissement de « dernière génération » inauguré il y a seulement quelques mois. Les détenus qui ont besoin de mon aide me le font savoir soit directement en m’adressant une demande écrite qui est déposée dans un casier à mon nom, soit par l’intermédiaire de leur conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) qui relaie la demande.
Je reçois chaque prisonnier au rez-de-chaussée du bâtiment (il y en a cinq en tout) où il est détenu, dans une « salle d’audience » mise à ma disposition et à celle d’autres intervenants : conseiller Pôle emploi, psychologue, CPIP, enseignant, etc.

Vies brisées. Il faut, bien sûr, passer de nombreuses portes pour accéder à chaque unité selon un processus précis : sonnette, attente, ouverture de la porte à distance par un surveillant qu’on ne voit pas, mais qui nous observe via les nombreuses caméras installées un peu partout. Puis le surveillant « socio » (terme générique qui regroupe toutes les activités extrajudiciaires) appelle les détenus concernés et dont le nom figure sur une liste qui a été transmise trois jours plus tôt à l’administration du CPOS : « Socio pour deuxième étage » lance le surveillant dans son talkie-walkie… « Dehors », des hommes en promenade tournent dans une cour. Parfois, les bruits perçants d’un morceau de métal qu’on frotte sur les barreaux résonnent au-dessus de nos têtes.
Outre les démarches administratives, on fait appel à moi pour écrire, qui au procureur de la République ou à un juge, qui à son avocat, son banquier ou à telle ou telle autre administration, qui à sa compagne, etc. L’entretien est, bien entendu, confidentiel. Il ne m’est fait aucune obligation d’en rendre compte à qui que ce soit.
Je ne demande jamais, cela va de soi, ce qui a amené ces hommes en prison. Je ne suis pas là pour juger. Juger, c’est l’affaire des juges. Je rencontre là des hommes dont la vie est brisée, parfois pour en avoir brisé une autre ou parce que la leur, un jour, dans leur enfance sans doute, fut brisée. J’essaie simplement, à la place qui est la mienne et avec d’autres, d’apporter un peu d’humanité dans ce monde carcéral qui en manque souvent. Ma pierre à un chemin destiné à leur permettre, à leur sortie, de retrouver au mieux une place dans la société. Une expérience passionnante.

Pascal Martineau
Écrivain public-biographe à Saran

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