Le Point du mardi : Une liberté très conditionnelle !

mercredi 16 septembre 2015

Par Sandrine Chevillon

Si on aurait écouté en cours de grammaire au lieu de dessiner des chefs-d’œuvre sur le pupitre, on se serait épargné bien des fautes de conjugaison ! Que celui qui n’a jamais repris quelqu’un sur l’accord d’un verbe au conditionnel me jette la première pierre ! Avouons qu’une mauvaise concordance des temps vrille le tympan et que la démangeaison de le faire remarquer au locuteur fautif est irrépressible. De l’hypothèse à la non-réalisation, posons les limites de notre liberté conditionnelle !

La querelle des Anciens et des Modernes n’en finira donc jamais ! À chaque siècle son cheval de bataille littéraire. À l’aube de ce deuxième millénaire, c’est le conditionnel qui nous divise. La grammaire traditionnelle le voit comme un mode à part entière, arguant qu’il indique un procès dont la réalisation est la conséquence d’une condition. Elle lui confère par ailleurs trois formes : le présent du conditionnel (il chanterait), le passé première forme (il aurait chanté) et le passé deuxième forme (il eût chanté). Mais les grammairiens progressistes s’insurgent ! On croise la plume avec ardeur car, primo le conditionnel n’exprime pas exclusivement la condition explicite ou implicite, et secundo il partage des caractéristiques communes avec le futur de l’indicatif (une forme simple : il parlerait ; une forme composée : il aurait parlé). Quant à la prétendue « deuxième forme », elle ne serait rien d’autre que le plus-que-parfait du subjonctif, ayant seulement la valeur du conditionnel passé pour exprimer une supposition sur le passé ! Et l’encre sombre coule à flots sur les pages des myriades de manuels de grammaire traitant avec courage et une abnégation sans faille de cet épineux problème de société !

Je vois d’ici vos airs dubitatifs ! Force est de constater que nous exerçons un vieux métier résolument moderne, alors de quel côté nous ranger ? Soyons pragmatiques et coupons la poire en deux, si vous le voulez bien ! Envisageons le conditionnel comme le mode de la condition, mais pas seulement, car il possède d’autres valeurs sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain Point. Considérons également qu’il ne comporte que deux formes et laissons au subjonctif son plus-que-parfait que nous avions étudié dans le détail dans le Point du mardi du 18 novembre 2014.

Pour mémoire, le tableau ci-dessous vous rappellera les terminaisons et la morphologie du verbe écrire au conditionnel :
Présent / Passé
J’écrirais / J’aurais écrit
Tu écrirais / Tu aurais écrit
Il écrirait / Il aurait écrit
Nous écririons / Nous aurions écrit
Vous écririez / Vous auriez écrit
Ils écriraient / Ils auraient écrit

J’attire votre attention sur la seule particularité du conditionnel qui possède un « -s » final à la première personne de singulier. Cette marque permet de le différencier du futur simple de l’indicatif. On veillera donc à ne pas confondre les deux car le sens de la phrase peut en être altéré. En effet, je serai heureuse est l’affirmation d’un fait qui se produira avec certitude dans un futur plus ou moins proche. En revanche, je serais heureuse indique que le bonheur dépend d’une condition et qu’il est possible que celle-ci ne se réalise pas.

Chers inconditionnels du Point, je vous donne rendez-vous mardi prochain !

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