Le mot du jeudi : Geyser

mercredi 7 octobre 2015

Par Marie-Agnès de Franqueville

À brûle-pourpoint, connaissez-vous l’origine du mot geyser  ?

Je vais rendre à César ce qui lui appartient et dédier mon article à mon neveu voyageur Sébastien.
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De retour de cette terre de glace qu’est l’Islande, jaillissaient de son œil de lynx d’époustouflants paysages lunaires. Égarée au beau milieu de l’océan Atlantique, cette île volcanique se situe sur la dorsale médio-atlantique formant une chaîne titanesque de volcans sous-marins sur plus de 15 000 kilomètres ! Cette dorsale sépare ainsi les plaques tectoniques eurasienne et nord-américaine en perpétuel mouvement, s’écartant environ de deux centimètres par an. Criblée ainsi de volcans, et non de dettes, l’Islande demeure sans commune mesure le pays le plus actif au monde « volcaniquement » parlant. L’île est extrêmement inhospitalière dans ses « Hautes Terres centrales » perchées à plus de cinq cents mètres d’altitude et regorgeant de crevasses, failles et sables mouvants. À bon entendeur, salut !

Dans ce pays de glace et de feu, de nombreux phénomènes géothermiques sont contemplés par des aventuriers cosmopolites, du touriste curieux au géologue chevronné. Les sources chaudes, allant de 30 à 100°C, proviennent de rivières souterraines chauffées par contact avec les roches volcaniques. Les fumerolles sont des fissures du sol d’où s’échappent des gaz volcaniques ; les solfatares sont des fumerolles riches en soufre. Les mares bouillonnantes de boue se forment dans des cuvettes d’argile décorées de jolies bulles de gaz. Les geysers sont des sources d’eau chaude jaillissant par intermittence à la surface, s’accompagnant de dépôts minéraux tels que le soufre et la silice.

Il n’est donc pas surprenant que le mot « geyser » tire sa source du plus célèbre geyser d’Islande nommé Geysir, et situé au sud-ouest du pays dans la vallée de l’Haukadalur. Geysir signifie : qui jaillit, et dérive du verbe islandais gjósa ou geysa, « jaillir », provenant lui-même du vieux norrois (vieil islandais) gøysa. Le geyser français, nom masculin, est un emprunt à l’anglais geyser. Ce mot s’élargit parfois au sens d’une grande gerbe jaillissante tel un geyser de pétrole ou même un geyser de sable (en Arabie Saoudite).

Le somptueux site de Geysir abrite deux geysers. Endormi depuis le début du XXe siècle, le Grand Geysir reprend de l’activité en l’an 2000 à la suite d’un séisme et jaillit à plus de 120 mètres de hauteur. Actuellement, quelques éruptions par jour sont à son actif. A contrario, le geyser de Strokkur, plus spectaculaire, est le plus grand « travailleur » d’Islande. Il entre en éruption toutes les huit minutes en propulsant une puissante colonne d’eau de 30 mètres de hauteur. À l’amorce de sa giclée, une magnifique bulle bleu turquoise apparaît. Cette couleur bleue est une couleur « physique » due à la diffusion de la lumière et à la présence de silice colloïdale formant un microprécipité en suspension dans l’eau. Au contact de la roche en fusion (ou magma), l’eau bouillonne à 200°C dans des réservoirs souterrains et provoque une pression telle que les vapeurs et les jets d’eau sont poussés à travers des conduits étroits et solides vers la surface. Par effet de convection (mouvement dû à une variation de température) et de libération de chaleur, la colonne d’eau et de vapeur façonnée par ces tunnels souterrains jaillit hors de terre en furie. Puis le panache s’effondre et l’eau refroidie revient dans son bassin. Un nouveau cycle va alors recommencer dans huit minutes…

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Deux types de geysers existent. Celui de Strokkur est un geyser « fontaine » grâce à sa large colonne d’eau. Dans le parc national de Yellowstone aux États-Unis, le geyser Old Faithful, dit « le vieux fidèle », est un geyser « en cône ». Cette spécificité de forme s’explique par l’étroitesse de ses conduits. Il mérite bien son surnom en jaillissant très régulièrement, de 30 à 55 mètres de haut, environ toutes les 90 minutes. Il est l’un des geysers les plus célèbres au monde.

Dans ce même parc californien du Yellowstone, le geyser le plus haut du monde éclata le 31 juillet 2013 après s’être endormi huit années durant. Des visiteurs ébahis entendirent un rugissement des entrailles de la Terre et sentirent sous leurs pieds le sol trembler. Le Steamboat Geyser s’éleva à plus de 120 mètres, s’approchant divinement de la voûte céleste. Contrairement à son confrère Old Faithful, nul ne sait quand il surgira de nouveau. Son activité secrète lui confère une aura bien mystérieuse.

Le geyser masculin a son penchant féminin en la personne de la geysérite. Mot de minéralogie, une geysérite est un dépôt siliceux laissé par certaines sources d’eaux chaudes. Rappelons que la silice représente 60 % de la masse de la croûte terrestre continentale. La geysérite est une sorte d’opale, d’un blanc laiteux et bleuâtre, formée notamment par nos fameux geysers islandais. Même si notre couple de mots, geysérite et geyser, n’est pas des plus faciles à écrire sans fautes, ne nous plaignons pas devant la barbarie d’autres mots islandais… Le volcan qui paralysa le trafic aérien européen en 2010 fut un calvaire de prononciation pour tous les journalistes. L’Eyjafjallajökull (je rêverais de vous l’entendre dire…) se décompose par ey, « île », fjall, « montagne » et jökull, « glacier ». Il se traduit en français par « le glacier sur les montagnes proches des îles ». Pourquoi faire compliqué en français avec 38 lettres quand on peut faire simple avec 16 lettres islandaises ? Ce peuple scandinave n’a décidément pas froid aux yeux !

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