Le mot du jeudi : Liberté

mercredi 21 janvier 2015

« La liberté assassinée » LE FIGARO – Midi Libre – L’Union Reims
« Un crime contre la liberté  » Ouest France
« C’est la liberté qu’on assassine » l’Humanité
« Ils ne tueront pas la liberté  » Le Parisien
« Liberté 0 – Barbarie 12 » L’ÉQUIPE
« War on freedom  » « Guerre contre la liberté  » The Dayly Telegraph (G-B)
« Attack on freedom  » « Attaque contre la liberté  » THE TIMES (G-B)
« Vive la liberté  » le Berliner Zeitung (Allemagne)
« La liberté ne meurt jamais » L’Aisne nouvelle
« La liberté plus forte que la terreur » Paris-Match

Au lendemain de l’attentat du 7 janvier 2015 visant le journal satirique Charlie Hebdo, jamais le mot LIBERTÉ n’aura résonné avec autant de force et de fragilité dans la presse du monde entier. La Constitution française de 1793 définit la liberté comme
« le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui : elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait. » La liberté n’est donc pas si libre. Notre devise républicaine
« Liberté – Égalité – Fraternité », prononcée pour la première fois par Robespierre en 1790, souligne que l’individu est libre, sa dépendance vis-à-vis d’autrui se limitant à ses devoirs et donc au respect de la loi.

Encadrée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, les libertés individuelles se déclinent en liberté civile, liberté de conscience ou droit de choisir ses convictions religieuses, liberté de mouvement, liberté d’enseignement et de réunion, liberté d’expression ou droit de dire et d’écrire ses pensées et opinions, liberté de la presse régie par la loi de 1881 ou droit de créer et publier un journal, un livre ou un blog, liberté du culte, liberté syndicale et droit de grève, etc. Ce concept de liberté est intimement lié à celui du droit. Non, nous ne pouvons faire ce que l’on veut. Belle ou tragique utopie d’un monde sans bornes, sans entraves ? Le philosophe anglais du XIXe John Stuart Mill écrivit cette citation universelle : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». Oui, notre liberté s’arrête pour autrui.

Du latin libertas, le mot liberté évoque l’état de l’homme libre, liber en latin, par opposition à esclave. Libertas et liber proviennent de la racine indo-européenne
« lib » qui fait écho à l’idée de plaisir et que l’on retrouve dans d’autres langues. Liebe signifie amour, lieben, aimer en allemand ; libido, désir ou jouissance, libet, il plaît de, libentia, plaisir ou gaieté, en latin ; lioubit (любить), aimer en russe ; líbit, aimer en tchèque. De tout temps, la volupté a séduit notre Dame Liberté encline à jouir de ses droits. C’est ainsi qu’à la Révolution française, les reines des jeux de cartes furent remplacées par des figures nommées libertés et désignant les nouvelles libertés des cultes, des professions, du mariage, de la presse et des arts.

Libertas était une divinité allégorique romaine. Rattachée au Liber Pater ou Bacchus, dieu du vin et de la fécondité, la déesse Libertas personnifia la liberté du citoyen romain en opposition avec l’esclavage. Il n’a fallu qu’un flambeau porté dans sa main gauche et une chaîne brisée tenue par sa main droite, pour que la statue représentant la liberté place de la République à Paris fasse resurgir ce passé romain, dépositaire de notre histoire.

Comme dans toute famille, le mot liberté en abrite d’autres dont le sens est parfois malmené. Libertaire, nom et adjectif, se dit d’une personne partisane d’une liberté absolue, anarchiste. Liberticide, adjectif, qui porte atteinte aux libertés. Libertin, nom et adjectif, qui est de mœurs très libres. La liberté n’est jamais à l’abri, si friable, facile à réduire en poussière. En cela, elle demeure un symbole précieux, inestimable, dont nous sommes les gardiens, les veilleurs confiants. Paul Éluard était de ceux-là :


Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

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