Le point du mardi : Aujourd’hui, vous saurez TOUT !

mardi 10 mars 2015

(par Sandrine Chevillon)

Anaxagore, au Ve siècle avant J.-C., avait déjà tout compris en disant que « tout est dans tout ». Si nous lisions nos Antiquités avec un tant soit peu d’attention, nul doute que nous aurions une connaissance quasi métaphysique des règles de grammaire, qui ne sont rien d’autre que les parties d’un tout. Or tous les écrivains publics savent bien qu’ils ne connaissent qu’une toute petite partie de cette toute-puissante syntaxe. Si elle s’avère parfois toute contraire à la logique, elle est le plus souvent tout entière au service du style, quand on la manipule tout à son aise. À toutes fins utiles, autant tout vous dire !

Tout est un mot qui, selon sa place et sa fonction dans la phrase, peut être adjectif, pronom, nom ou adverbe. Suivant la catégorie grammaticale à laquelle on le reliera, il demeurera invariable ou s’accordera en genre et en nombre. Il est donc nécessaire de déterminer sa nature.

En tant qu’adjectif, tout prend les marques du nom qu’il qualifie et peut avoir deux acceptions :
• si l’on peut le remplacer par « entier » ou « unique », tout est alors adjectif qualificatif : Veiller toute la nuit ; Toute cette eau ; Cette enfant est toute ma joie ; Pour toute boisson, il prend de l’eau…
• s’il signifie « les uns et les autres sans exception », « chaque » ou bien encore quand il précise un nom ou un pronom exprimé dans la même proposition, tout est un adjectif indéfini et devient tous au masculin pluriel : Tous les hommes sont mortels ; Toute règle de grammaire est à apprendre par cœur ; Les points du mardi nous concernent tous.

Remarquons néanmoins que tout reste invariable devant un nom propre de personne désignant l’ensemble des œuvres d’un auteur : Il a lu tout Colette. C’est également le cas devant un nom propre de ville, qu’il s’agisse des habitants ou de la ville même au sens matériel : Tout Paris attend avec impatience la prochaine conférence de l’AEPF. L’accord en genre est cependant parfois accepté devant un nom de ville féminin : Toute Rome, par ses monuments, suscite notre admiration.

Tout est d’autre part pronom indéfini et devient tous au masculin pluriel (que l’on prononce [tus]) lorsqu’il représente un ou plusieurs noms ou pronoms exprimés précédemment, ou lorsque, employé sans rapport avec aucun nom ou pronom, il signifie « toute chose », « tout le monde » ou « tous les hommes » : Il est applaudi par ses confrères écrivains publics, tous le félicitent pour la sortie de sa biographie ; Pour satisfaire son client, il fut forcé de tout réécrire.

Tout prend les caractéristiques d’un nom quand il signifie « la chose entière ». Il est, dans ce cas, précédé de l’article ou d’un déterminant. Son pluriel est touts. On devra donc noter : Le tout est plus grand qu’une de ses parties ; Les galaxies forment plusieurs touts distincts.

En qualité d’adverbe, tout est invariable et signifie « entièrement », « tout à fait ». Il peut aussi être un constituant de la locution adverbiale « tout… que… » et précéder un gérondif. Il s’agit alors d’écrire : Ils sont tout seuls ; Allons tout doucement ; Tout habiles qu’ils sont, ils ne réussiront pas ; Tout en parlant ainsi, elle se mit à pleurer. En outre, dans les expressions, tout renforce un nom : être tout feu, tout flamme ; tout yeux, tout oreilles ; tout laine ; tout soie…

Notons la particularité de l’adverbe tout qui demeure invariable devant un adjectif féminin commençant par une voyelle, mais qui s’accorde avec l’adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré. Il faudra donc veiller à orthographier : Elle est tout énervée ; Elles sont tout émues ; Elle est toute petite ; Elles sont toutes honteuses.

Astuce : Pour distinguer un h aspiré d’un h dit muet, il faut se demander comment on prononcerait un nom de la même famille. Si l’on énonce clairement « le » ou « la » devant ce nom, tout s’accorde ; mais si l’on fait l’élision, tout reste invariable. Autrement dit, la houle donnera une mer toute houleuse, mais l’hésitation rendra la personne tout hésitante.

Ajoutons, pour finir, qu’il est des cas où seul le sens de la phrase permet de distinguer la valeur de tout : Elles expriment toute leur joie (leur joie entière) ; Elles expriment toutes leur joie (toutes exprimaient leur joie) ; Demandez-moi toute autre chose (toute autre chose que celle-là) ; Vous demandez tout autre chose (tout à fait autre chose).

Chers écrivains publics, qui désormais connaissez tout, je vous laisse à présent méditer sur les propos fort judicieux que tenait Corneille dans La Place Royale : « Qui veut tout retenir laisse tout échapper. »

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