Le point du mardi : Des composés très singuliers !

mardi 8 décembre 2015

Par Sandrine Chevillon

Ils jonchaient nos dictées d’écoliers, hantant nos cahiers comme de mauvais génies. Nos plumes tremblaient d’hésitation à leur rédaction. Aujourd’hui, nos doigts sont arrêtés sur le clavier au moment de les faire apparaître à l’écran. Ils sont empreints de mystère, auréolés d’incompréhension. Les pages de nos dictionnaires sont usées à leurs entrées. Nombre d’entre nous ont de ce fait développé des allergies chroniques aux choux-fleurs, aux arcs-en-ciel, aux abat-jour, aux porte-bagages, aux gardes-chasse, aux pur-sang et autres guets-apens du même genre ! Pour que tous profitent à nouveau des plaisirs de la table, de la décoration et des promenades dans la nature, décomposons les règles singulières qui marquent le pluriel des noms composés !

La formation du pluriel de ces derniers dépend des éléments qui les composent. Il s’agit donc de déterminer la ou les catégorie(s) grammaticale(s) d’appartenance des éléments.

Les noms peuvent ainsi être composés par des éléments soudés. Leur pluriel est alors à l’image des noms simples : Après les bonjours d’usage, on accroche les vestes aux portemanteaux dans les entresols, puis on échange des pourboires contre des passeports… Toutefois, Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, messeigneurs, gentilshommes et bonshommes, nous veillerons à retenir la courte liste des exceptions à cette règle.

A contrario, lorsque les éléments ne sont pas soudés, on adjoint la marque du pluriel aux seuls noms et adjectifs, qui selon les principes communs de la grammaire doivent être accordés en nombre. Passons en revue les différentes formations de noms composés possibles.

Nom + nom en apposition / Nom + adjectif :
Selon la grammaire le nom et l’adjectif s’accordent en nombre, aussi écrirons-nous en toute logique : des chefs-lieux, des oiseaux-mouches, des avocats-conseils, des coffres-forts, des arcs-boutants, des porcs-épics, des reines-claudes, des chauves-souris, des guets-apens
Il est à observer néanmoins que l’on fête nos grand-mères. Cette graphie s’explique étymologiquement puisque « grand » provient de l’ancien français « grande », élidé en « grand’ » et dont l’apostrophe s’est progressivement transformée en tiret pour former un mot composé.
Soulignons, en outre, la liberté que nous accordent les différents dictionnaires de faire des aller-retour ou allers-retours munis de sauf-conduits ou de saufs-conduits.

Nom + nom complément :
Dans le cas de deux noms, dont le second (avec ou sans préposition) est complément du premier nom, seul le premier est au pluriel. Aussi orthographierons-nous des arcs-en-ciel, des chefs-d’œuvre, des timbres-poste

Mot invariable + nom :
Lorsque le nom composé est formé d’un mot invariable, tel qu’un adverbe ou une préposition, et d’un nom, il va sans dire que le vocable invariable ne peut prendre la marque du pluriel, seul le nom en sera pourvu. Ainsi nous écrirons par exemple : des arrière-gardes, des haut-parleurs, des non-lieux, des en-têtes, des contre-attaques… Cependant, méfions-nous des après-midi, qui sont toujours invariables, car signifiant littéralement après la douzième heure de la journée.

Verbe + complément :
En toute logique, si le premier élément d’un mot composé est une forme verbale conjuguée, il ne peut être question de lui ajouter un –s final. Seul le second élément, alors complément d’objet direct du premier, sera au pluriel : des pique-niques, des bouche-trous, des couvre-lits… Nous relevons toutefois une exception d’ordre sémantique à cette règle. En effet, si le sens l’impose, le complément d’objet direct reste au singulier. C’est le cas notamment des abat-jour (qui littéralement abattent le jour) et des perce-neige (qui percent la neige).
Une subtilité consiste, d’autre part, à ce que l’élément COD soit toujours au pluriel : un casse-noisettes (qui casse les noisettes), un compte-gouttes (qui compte les gouttes), un porte-bagages (qui porte les bagages), un presse-papiers (qui presse les papiers)…
Ajoutons une ultime difficulté concernant les composés du mot « garde ». Celui-ci prend la marque du pluriel quand le composé désigne une personne, mais reste invariable s’il évoque une chose. Ainsi nous écrirons des gardes-chasse et des gardes-malades mais des garde-robes.

Expressions toutes faites ou elliptiques :
Dans les expressions toutes faites ou elliptiques, tous les éléments sont invariables : des meurt-de-faim, des pince-sans-rire, des on-dit, des coq-à-l’âne, des pur-sang… Nous noterons néanmoins des terre-pleins en raison du sens de « lieux pleins de terre ».

Mots étrangers :
Globalement, les mots étrangers dans les noms composés restent invariables : des mea-culpa, des post-scriptum, des vice-présidents, les mass-media… On dénombre cependant quelques exceptions : des fac-similés, des orangs-outangs, des best-sellers… Rappelons pour finir que lorsque le premier élément se termine par –o, il est invariable : les Gallo-Romains, des micro-ondes

Chers écrivains publics, loin de moi l’idée de vous imposer quoi que ce soit. C’est pourquoi je vous propose des Points qui exposent des difficultés grammaticales, que je dépose sur ce blog le mardi. Nous sommes supposés connaître toutes les subtilités, et composer nos textes avec la plus grande facilité, nullement indisposés par les difficultés de notre belle langue. Prédisposés pour la plupart d’entre nous par un amour pour l’écriture, relevons ce challenge de taille, d’entreposer toutes les règles dans nos mémoires afin d’en disposer à volonté et de composer posément.

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