Le point du mardi : Inspirez… élidez !

mardi 24 février 2015

(par Sandrine Chevillon)

Stop aux idées reçues ! Les écrivains publics ne sont pas que des intellos piquant du nez sur leurs écrans, leurs livres ou leur bureau… Grâce aux infinies subtilités de la grammaire et de l’orthographe françaises, force est de constater que nous sommes des athlètes super entraînés à la gymnastique de l’esprit ! Démonstration : inspirez… élidez !

Commençons par la description du phénomène. L’élision consiste à supprimer la voyelle finale d’un mot devant la voyelle ou le h muet au début du mot suivant. À l’écrit, la voyelle élidée est marquée par une apostrophe. Ainsi note-t-on l’arbre et non le arbre, l’hôpital et non le hôpital.

Toutefois, certaines élisions se font dans la prononciation mais ne sont pas apparentes à l’écrit. C’est le cas des mots terminés par un e muet immédiatement suivi d’un terme commençant par une voyelle. On écrit par conséquent une asperge, un faible espoir que l’on prononce pourtant un’asperge [ynaspɛʀʒ] et un faibl’espoir [œ̃fɛɓlɛspʍaʀ].

De manière générale, les règles d’élision des voyelles a et e sont les suivantes :
• l’élision de a est marquée par l’apostrophe dans l’article et dans le pronom atone la devant en, y ou un verbe : l’église, l’heure, tu l’en félicites, on l’y contraindra, il l’entend…
Cependant, lorsque le pronom la est accentué, on ne pratique pas l’élision : Laisse-la entrer ; envoie-la ouvrir ;
• l’élision de e répond aux mêmes principes dans l’article (l’aveugle, l’homme) ainsi que dans les pronoms je, me, te, se et le non accentués (j’ai, il m’entend, je t’invite, il s’avance, on l’aperçoit, je m’en doute, il s’y perd…). On devra, de ce fait, conserver la forme complète dans fais-le asseoir, par exemple.
Ajoutons que l’élision de e est possible dans ce, de, ne, que, jusque et toutes les locutions conjonctives composées avec que : c’est, ç’a été, c’en est fait, les fables d’Ésope, il n’a pas, ce qu’on a, qu’on est bien, jusqu’ici, bien qu’il soit…

Cependant, on relève des particularités dans l’élision des voyelles finales de différents mots :
presque : le e final de l’adverbe presque doit toujours être écrit même si à l’oral on ne l’entend pas. L’orthographe « presqu’ » n’est possible que dans le nom « presqu’île ». Nous devrons donc noter : Nous voilà presque arrivés ; C’est un vote presque unanime ;
lorsque, puisque et quoique : ces conjonctions ne renoncent à leur e final que devant il(s), elle(s), on, un(e), en, autrement dit, exclusivement les pronoms et articles commençant par une voyelle. Il faut veiller à écrire : lorsqu’il/lorsqu’elle mais lorsque Ilona/lorsque Éléonore ; puisqu’on/puisqu’en mais puisque Ondine/puisque Antoine ; quoiqu’un/quoiqu’une mais quoique Untel/quoique Ulysse ;
si : l’élision de si devant il ou ils est obligatoire. Il faut orthographier : s’il pleut ; s’ils le désirent ;
entre : entre s’élide dans cinq verbes s’entr’aimer, entr’apercevoir, s’entr’appeler, s’entr’avertir et s’entr’égorger. Toutefois, l’Académie refuse l’élision dans les mots suivants : s’entraccorder, s’entraccuser, entracte, s’entradmirer, entraide, s’entraider, entrouverture, entrouvrir.
ouate : l’usage hésite en ce qui concerne le mot ouate. Bien que l’on note une légère préférence pour l’ouate, la ouate n’est pas interdite !

On relève enfin une exception à l’élision qui est refusée devant un (chiffre ou numéro), oui, huit, huitain, huitaine, huitième, onze, onzième, yacht, yak, yatagan (qui n’est autre qu’un sabre à lame recourbée utilisé dans l’ancienne Turquie… peu de chance que vous ayez à l’écrire, mais sait-on jamais !), yole, yucca et certains noms propres tels que Yougoslavie, Yémen, Yucatan… On écrit de ce fait : je dis que oui ; le huit de la rue de la Paix ; la yole navigue vers le yacht qui se dirige vers le Yucatan (pour les besoins de l’exemple, bien entendu !).

Après l’effort orthographique que nous venons de produire, quelques exercices d’assouplissement de l’esprit sont nécessaires afin d’assurer les bienfaits de la séance : la vérification des élisions dans nos derniers écrits s’impose donc. Ensuite, chers écrivains publics hyper sportifs, reposez vos méninges jusqu’à la semaine prochaine !

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