Le point du mardi : Les écrivains publics gardent le cap !

mardi 12 janvier 2016

(par Sandrine Chevillon)

Chers passagers, nous embarquons à Point ce mardi pour une croisière thématique, sur le radeau de la Grammaire ! Nous aurons l’occasion d’admirer des termes exotiques et des syntagmes mystérieux. Nous hisserons la grand’ voile de la syntaxe et voguerons sur des flots de vocabulaire. Au gré de la brise orthographique, nous ferons des escales culturelles dans des ports italiens, anglais et allemands. Bienvenue à bord !

Chers passagers, nous venons d’accoster sur la rive de la linguistique, une petite escapade italienne s’impose ! Je vous invite tout d’abord à contempler à tribord le superbe article défini qui précède les noms propres. Ainsi, comme il est d’usage en italien, la grammaire française prescrit de conserver l’article défini devant des noms propres d’artistes ou d’écrivains d’Italie et plus particulièrement :

• devant les noms de famille ; aussi écrirons-nous l’ Arioste ou le Tasse notamment ;

• devant les surnoms, comme le Pérugin (> il Perugino, l’un des maîtres de Raphaël) ou le Tintoret (> il Tintoretto, dont le père était, en toute logique, teinturier) ;

• devant des noms de lieux désignant des artistes, tels que le Corrège (> il Corregio, grand maître de la Renaissance, né à Corregio), ou le Caravage (il Caravaggio, réputé avoir utilisé un miroir pour exécuter ses premiers tableaux) ;

• devant des noms de femmes célèbres, actrices, cantatrices, danseuses, ou encore criminelles. Aussi parlons-nous par exemple de la Champmeslé (tragédienne française du XVIIe siècle), la Malibran (cantatrice française, d’origine espagnole du XIXe siècle), la Pavlova (ballerine russe du début du XXe siècle), la Brinvilliers (parricide et fratricide, rendue célèbre par l’affaire des poisons au XVIIe siècle). Désormais cet usage de l’article défini est exclusivement réservé aux Italiennes ou aux femmes célèbres en Italie, telles que la Callas (cantatrice grecque d’opéras italiens en Italie) ;

• A contrario de l’italien néanmoins, on pourra également utiliser l’article défini devant des prénoms masculins pour évoquer le Guide (Guido Reni, peintre italien du XVIe siècle de l’école de Bologne) ou le Titien (peintre et graveur italien de l’école vénitienne du XVe siècle).

Chers passagers, je vous propose maintenant d’apprécier, à bâbord, le chant harmonieux de l’accord des noms communs. Dans la si chantante langue italienne, les noms communs se terminant en –o ou –e font leur pluriel en –i. Bien qu’il soit possible de noter des bravi, des carbonari ou même des lazzaroni pour ce qui est du pluriel de « bravo » (assassin à gages), « carbonaro » (membre de la Carboneria, secte napolitaine) et « lazzarone » (canaille), on préfèrera orthographier à la française des condottières, des imprésarios, des librettos (livrets d’opéra par exemple), des scénarios, des sopranos

Précisons, de plus, que les noms comme concetti, confetti, graffiti, lazzi, mercanti, qui ont la forme du pluriel italien, s’emploient couramment en français comme noms singuliers. Leur pluriel français sera établi par adjonction d’un –s final, à l’instar de ce que préconisent les rectifications de l’orthographe de 1990 : il faudra de ce fait noter des concettis (formules de la poésie italienne antérieure au XVIIe siècle au sens subtil, de forme recherchée et d’un goût douteux), des confettis, des graffitis, des lazzis (suite d’actions bouffonnes dans le jeu de scène au théâtre, désignant encore des propos moqueurs), des mercantis (marchands)… Il en va de même pour les brocolis et autres salamis, entrés dès le XVIe siècle dans la langue française à laquelle ils se sont parfaitement intégrés, prenant le –s final comme marque du pluriel.

Méfions-nous enfin des termes de musique qui demeurent invariables lorsqu’ils indiquent le mouvement ou les nuances. Les compositeurs écriront donc des crescendo, des piano, des smorzando… En revanche, quand ce lexique musical désigne les airs, le –s du pluriel lui est ajouté : Nous écoutons ainsi de beaux andantes, les adagios de Beethoven et des allégros.

Levons l’encre, chers écrivains ! Rendez-vous au prochain Point où nous poursuivrons le voyage par une virée anglaise, avant de terminer notre périple par une promenade allemande !

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