Le point du mardi : Passé de mode, le subjonctif ?

mercredi 26 novembre 2014

Poursuivons notre examen approfondi du subjonctif, qui souffre d’une forte déconsidération dans les manuels ou programmes scolaires. En raison de ses terminaisons parfois incongrues, certains de ses temps ne sont plus à la mode et son usage s’essouffle dans la langue courante. Sans doute fût-il condamné si la grammaire française, dans sa grande complexité, ne l’imposât dans certaines constructions. Et bien qu’il fatiguât nos méninges par son usage, à n’en pas douter plus réglementé que notre profession, voilà de quoi donner, à coup sûr, à nos textes une dimension littéraire !

Dans les subordonnées circonstancielles (c’est-à-dire les propositions subordonnées occupant dans la phrase la fonction de complément circonstanciel) le choix du mode subjonctif ou indicatif est imposé par le sens de la subordonnée ou la conjonction de subordination qui l’introduit.

• Ainsi les subordonnées temporelles impliquent généralement l’usage de l’indicatif. Nous devrons donc écrire : Elle crie quand il rentre  ; Il la regarde pendant qu’elle court ; Tu es heureux depuis que tu l’as vu. Néanmoins, il conviendra d’utiliser le subjonctif après les conjonctions avant que, jusqu’à ce que et en attendant que. Aussi noterons-nous : Il part avant que le soleil se soit levé MAIS il partira après que le soleil se sera levé. Cette différence de mode s’explique par le fait que après que introduit un procès antérieur à celui de la principale, autrement dit une action réalisée qui doit de ce fait être exprimée par l’indicatif.

• Pareillement, dans les subordonnées causales, qui sont d’ordinaire à l’indicatif, on trouvera le subjonctif lorsque la cause est rejetée par le locuteur après non que et soit que répété. On s’exprimera alors ainsi : Il m’a téléphoné, non qu’il fût inquiet de ma santé, mais parce qu’il avait besoin d’argent ; Le chat revient à la maison, soit qu’il ait faim, soit qu’il ait envie de dormir tranquille.

• On relève également deux cas de figure parmi les subordonnées de conséquence. On utilise l’indicatif dans la subordonnée dans la mesure où elle permet l’actualisation du procès : Il a tant regardé la télévision qu’il ne voit plus rien. En revanche, si la principale est négative ou interrogative, elle empêche l’actualisation du procès. La subordonnée est alors nécessairement au subjonctif : Il n’a pas travaillé au point que cela l’ait épuisé.

• Les subordonnées de but sont en toute logique au subjonctif puisqu’elles expriment une intention : Il choisit un livre afin qu’on lui lise une histoire.
• Les subordonnées concessives et d’opposition, introduites par quoique, bien que, sans que, etc., qui expriment une cause possible mais inopérante, sont selon toute cohérence, également au subjonctif : Il ne bouge pas bien qu’on lui ait demandé de partir ; Le chat est sorti sans que je m’en aperçoive.

• Enfin les subordonnées conditionnelles introduites par si sont à l’indicatif : Si nous connaissions la grammaire sur le bout des doigts, nous ne ferions plus aucune faute. Cependant, il faudra utiliser le subjonctif dans une subordonnée coordonnée par que à une conditionnelle introduite par si  : S’il réussit le bac et qu’il obtienne une mention, il intègrera une classe préparatoire. De plus, on utilisera toujours le subjonctif après les locutions à moins que, pourvu que et pour peu que  : Pourvu qu’il lise le point du mardi, il saura utiliser le subjonctif à bon escient.
Par ailleurs, on optera dans les propositions relatives déterminatives pour le subjonctif ou l’indicatif en fonction de la nuance de sens que l’on souhaite exprimer. On préfèrera de ce fait le subjonctif lorsque l’antécédent peut être indéfini ou indéterminé. Dans l’exemple suivant, je cherche pour les vacances un livre qui me plaise, le subjonctif indique une sélection parmi un ensemble de livres possibles. Il définit ainsi un type de livre dont on n’est pas sûr qu’il existe effectivement, contrairement à l’indicatif qui présupposerait son existence. Il en va de même, pour établir une restriction au sein de l’ensemble des possibles et notamment après un superlatif relatif ou une expression équivalente : C’est la plus grande chambre que j’aie à vous proposer ; Je ne vois qu’elle qui puisse le faire changer d’avis.

Ajoutons, pour finir, que le subjonctif est de rigueur lorsque la principale met en doute l’existence du référent de la relative, par son sémantisme ou bien par une tournure interrogative ou négative : Il croyait de bonne foi avoir découvert le secret qui lui permît de conserver une éternelle jeunesse ; Connaissez-vous un courtisan qui soit sincère ?

Subjugués par le subjonctif ? Il subsiste néanmoins des subtilités sublimes qui constitueront le substrat que nous étudierons avec succès et en substance mardi prochain. Subséquemment, sans subversion, je subviendrai à nos ultimes méconnaissances subreptices par le subside d’un dernier point sur le subjonctif !

Sandrine Chevillon

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