Le point du mardi : Trêve de pléonasmes !

mercredi 20 mai 2015

Par Sandrine Chevillon

Nul écrivain public n’est à l’abri de l’écueil de la redondance. Sous le prétexte de rendre nos textes plus littéraires, nous ne nous privons pas d’user de certains procédés de style afin d’ajouter de la qualité à nos écrits. Méfions-nous toutefois de ne pas tomber dans le travers qui veut qu’au lieu d’insister ou de renforcer une idée, nous la répétions maladroitement par le moyen de tournures pléonastiques quelquefois bien malheureuses.

De manière générale, le pléonasme est une surabondance de termes, donnant plus de force à l’expression. Il s’agit donc du redoublement d’une idée dans deux mots du même membre de la phrase. Considéré comme un procédé de style, il met l’accent sur une notion. Ainsi écrivons-nous parfois : Je l’ai vu de mes yeux / entendu de mes oreilles ; ce qui n’est rien de moins qu’une lapalissade !

Toutefois, mieux vaut ne pas abuser des tournures pléonastiques sous peine de prendre vos lecteurs pour moins intelligents qu’ils ne sont et amoindrir la qualité de votre argumentation. En effet, le pléonasme se définit également par la redondance, c’est-à-dire l’emploi de mots inutiles. Nous nous abstiendrons par exemple d’évoquer le poids pesant des choses !

Il avoisine, par ailleurs, la périssologie, qui n’est autre qu’un vice d’élocution consistant à ajouter, à une pensée déjà suffisamment exprimée, d’autres termes surabondants. Cette figure de style n’est pas à proscrire, mais il est capital de la manier à bon escient car l’effet comique est assuré : Puis-je me permettre de prier Monsieur de bien vouloir m’autoriser à reprendre mes travaux ?

Une autre dérive involontaire à éviter est la battologie, ou répétition fastidieuse, voire oiseuse, des mêmes pensées, sous les mêmes termes, dans deux propositions proches. En voici une parfaite illustration : Et encore une introduction, je suis contraint à une introduction, je ne peux pas me passer d’introduction et une introduction m’est nécessaire.

Enfin, attention à ne pas tomber dans le piège de la tautologie, vice logique consistant à présenter comme ayant un sens une proposition dont le prédicat ne dit rien de plus que le thème : Les enfants sont les enfants et nos deux jumeaux ne faisaient pas exception à cette règle universelle.

Afin de vous épargner quelques railleries de la part de vos lecteurs, voici une liste non exhaustive de pléonasmes régulièrement constatés dans le langage courant et à éviter rigoureusement dans nos écrits :

À partir de dorénavant ; achever complètement ; actuellement en cours ; ajourner à plus tard ; une double alternative ; l’apanage exclusif ; applaudir des deux mains ; s’asseoir sur son séant ; l’avenir devant soi ; autrement plus ; s’avérer vrai ; avertir à l’avance ; le but ultime ; une petite camionnette ; un mauvais cauchemar ; claquer bruyamment la porte ; commencer d’abord ; constellé d’étoiles ; se contenter seulement de ; se cotiser ensemble ; descendre en bas ; différer à une date ultérieure ; une dune de sable ; durer longtemps ; un écho sonore ; emmener avec soi ; entrer dedans ; s’esclaffer de rire ; une étape intermédiaire ; s’évertuer à faire des efforts ; exporter à l’étranger ; des frais onéreux ; quatorze heures de l’après-midi ; il y a vingt ans en arrière ; il suffit juste que ; au jour d’aujourd’hui ; marcher à pied ; des méandres sinueux ; un mirage trompeur ; le monopole exclusif ; monter en haut ; une paire de jumelles ; des perspectives d’avenir ; un faux prétexte ; se relayer tour à tour ; la panacée universelle ; sortir dehors ; suivre derrière ; surprendre à l’improviste ; tâcher de faire en sorte de ; être tous unanimes ; unir ensemble…

Il va de soi, bien entendu, que ces pléonasmes redondants peuvent permettre d’accentuer en faisant ressortir le caractère comique du rire suscité par un personnage de fiction irréelle ! Néanmoins, n’oubliez pas de vous souvenir que l’excès en trop grande quantité nuit de façon néfaste à la magnifique beauté de vos textes !

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