Si on lisait : "Remonter la Marne", de Jean-Paul Kauffmann

jeudi 7 avril 2016

Par Fabienne Croze

Est-ce parce que j’en écris moi-même, mais j’aime les récits voyageurs...

J’ai tellement aimé Chemin faisant, de Jacques Lacarière que je l’ai prêté... douze fois ! Sans qu’on me le rende ! C’est ma quote-part à la littérature ! Un jour, je l’ai racheté pour la dernière fois. Désormais, il ne sort plus de chez moi !

C’est maintenant le livre Remonter la Marne de Jean-Paul Kauffmann qui m’a subjuguée. Je l’ai découvert sur l’incitation d’un ami, enthousiaste. Pourtant, j’étais dubitative : la Marne ? !! Ah bon ? Tu es sûr ?

Je viens, en effet, de le lire pour la deuxième fois en moins d’une année. Je l’ai adoré : quelle écriture ! Quelle culture ! Tous les journalistes ne sont pas des ignares ! Certains sont même indéniablement talentueux ! Je n’avais jamais rien lu de cet auteur : je suis impatiente de découvrir ses autres ouvrages !

Que de couleurs ! Celles de l’eau – noire, brune, verte –, des feuilles du début de l’automne qui s’y posent par paquets, celle des ciels... Les différentes lumières croisées tout au long de l’ouvrage, « la rambleur », cette lumière étrange... Ce mot qui n’existe nulle part ailleurs. L’eau est partout. Dans les embâcles de la rivière, barbeaux et brochets se nichent. Les « îles d’Amour » parsèment le fleuve...

On se promène en compagnie de Francis Ponge que l’auteur a côtoyé dans sa jeunesse, d’André Breton. On retrouve des ambiances, des sensations déjà perçues à la lecture d’André Dhôtel dans Azur ou de Bachelard dans L’eau et les rêves : « Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ruisseaux et de vallons », – ces deux-là étant eux-mêmes originaires de ces régions où de régions proches.

Chez les riches comme chez les « gens de peu », le champagne coule à flots : il est cultivé là où à deux pas. Il est proposé en coupe dans des troquets servant une nourriture pouvant être exécrable !

Dans ces régions plus ou moins oubliées de tous, toute une population résiste, en marge, et l’auteur les fait vivre, leur donne la parole, nous entraînant parfois chez un éclusier, chez un autre vivant dans un moulin posé comme une forteresse dans la tourmente du fleuve. Une autre fois il est accueilli dans une maison isolée au milieu des bois chez un homme vivant en autarcie : de pêche, de chasse, de champignons, de plantes sauvages et de son potager...

À force de marcher depuis la confluence de la Seine et de la Marne, l’auteur arrive enfin à la source... « Enjambant des vignes et des vergers, je l’ai enfin trouvée au fond d’un val. Les arbres gainés de lierre y sont d’une hauteur vertigineuse. En ce mois d’octobre, les oiseaux chantaient encore... »

Fabienne Croze

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