Défenseure des droits depuis cinq ans, Claire Hédon dresse, en fin de mandat, un état des lieux inquiétant de notre État de droit.
Voilà un livre d’un peu plus de cent pages qui intéressera toutes celles et tous ceux qui agissent dans le domaine de l’accès aux droits – tous les droits – ce qui est le cas de nombreux écrivains publics ; et plus largement celles et ceux qui sont attachés à notre (décrié) État de droit.
Claire Hédon, ancienne présidente du mouvement ATD-Quart Monde, Défenseure de droits depuis 2021, et qui arrive en fin de mandat (non renouvelable) fait le bilan de son action à la tête de cette très essentielle autorité administrative indépendante. L’occasion d’un bilan sans concession – et même alarmant – de l’état de notre État de droit. « Face aux attaques répétées contre l’État de droit, écrit l’éditeur en 4e de couverture, ce livre apporte un message, clair, fort et rassembleur. Les droits ne sont pas un obstacle à la volonté du peuple : ils sont l’un des piliers de notre démocratie. »
Une saine et éclairante lecture en ces temps troublés.
Pascal MARTINEAU
- La République des droits, Claire Hédon, Le Seuil 2026, 140 pages, 17,50 €
Extrait
« Mon rôle, en tant que Défenseure des droits, est de résister à ces rhétoriques qui subvertissent silencieusement l’idée même de ce que nous avons à protéger. Ou, pour le dire autrement : être vigie du droit, c’est être attentif aux mots du droit qui cherchent à en déformer le sens. Or trois discours puissants saturent aujourd’hui le débat public et participent de cette subversion. Trois mythes qui minent l’État de droit de l’intérieur : celui de « la jeunesse ensauvagée », celui de « l’étranger inassimilable » et celui de « l’assistanat et de la fraude sociale ». C’est à les confronter et à les démystifier que je veux consacrer la fin de ce chapitre.
« Face à ces mythes tenaces, le Défenseur des droits n’a pas d’autres armes que la vérité, le rappel du droit. Sa bataille est celle des mots mais aussi celle des chiffres : il rappelle que derrière ce qui peut être considéré comme des caricatures se tiennent des récits singuliers, des droits rognés, des discriminations invisibles. À ceux qui stigmatisent, il oppose la rigueur de ses enquêtes, la force des témoignages qui fondent sa légitimité, la clarté du droit. Nous intervenons pour rectifier, pour apaiser. En somme, je ne défends qu’un seul langage, celui de la République, de la démocratie, du droit, en refusant qu’il soit confisqué par la peur ou par l’exclusion. »
