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L’AEPF vient de signer une « convention annuelle d’objectifs » avec la direction de l’administration pénitentiaire afin de promouvoir et développer l’activité d’écrivains publics professionnels en milieu carcéral.

Fruit d’une longue concertation avec la direction des partenariats de l’administration pénitentiaire du ministère de la Justice et s’appuyant notamment sur l’expérience de Pascal Martineau, qui intervient depuis 2014 au Centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, l’AEPF et le directeur de l’administration pénitentiaire viennent de signer une « convention annuelle d’objectifs » destinée à promouvoir et développer l’activité d’écrivains publics professionnels en milieu carcéral.
La convention commence par reconnaître que l’écrivain public professionnel apporte aux personnes placées sous main de justice (PPSMJ) – les personnes détenues – un service spécifique qui ne relève pas des missions et des compétences des autres professionnels intervenant en milieu pénitentiaire.
En effet, venant en « renfort » des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) et des assistants de service social et en lien et en collaboration avec eux, les écrivains publics professionnels permettent aux PPSMJ qui ne maîtrisent pas la langue française ou qui la maîtrisent avec difficulté d’effectuer toutes les démarches qui nécessitent de passer par l’écrit, tant dans la communication interne (greffe, direction de l’établissement, services médicaux, services de l’emploi, cantine, coiffeur, Éducation nationale, etc.) que dans la communication externe : autorités publiques (ministères, préfectures, mairies), administrations (CAF, Pôle Emploi, impôts, URSSAF, bailleurs sociaux, etc.), justice (juges d’application des peines, des libertés et de la détention, d’instruction, aux affaires familiales, des enfants, procureurs), avocats, employeurs (droit du travail, lettres de motivation, CV), prestataires de service (banque, fournisseurs d’énergie, de téléphonie, etc.), amis et proches. Les écrivains publics sont, par cette fonction, des acteurs de l’accès au droit des PPSMJ : outre leurs droits de justiciable et de personne condamnée, les droits économiques et sociaux, les droits à l’emploi à la formation, le droit à la santé.
L’écrivain public professionnel participe ainsi, avec d’autres professionnels, à la réinsertion sociale et professionnelle, au maintien des liens familiaux, à l’accès aux droits et, in fine, à la lutte contre la récidive.

Une activité à promouvoir

Reste que selon une récente estimation, seuls 20 % des écrivains publics intervenant en détention sont des professionnels. Dans les établissements qui en sont dépourvus, les personnes détenues peuvent parfois faire appel à un écrivain public bénévole, à un visiteur de prison ou encore à un autre prisonnier qui maîtrise mieux la langue française à l’écrit.
C’est pourquoi la convention prévoit de promouvoir la présence d’écrivains publics professionnels en milieu pénitentiaire. Des supports d’information vont être élaborés à destination des directions interrégionales de l’administration pénitentiaire, des chefs d’établissement, des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) ainsi que des Conseils départementaux de l’accès au droit (CDAD). Ces documents de communication mettront en avant l’aide spécifique, exposée plus haut, qu’un écrivain public peut apporter aux personnes détenues, et l’intérêt, pour y parvenir, de faire appel à des professionnels, en expliquant ce que ces derniers apportent et garantissent en matière d’efficacité et de qualité de la prestation, de régularité, de constance, de secret professionnel et donc confidentialité, de respect de règles éthiques.

Une formation spécifique

Cependant, on ne s’improvise pas écrivain public en milieu carcéral, ne serait-ce que parce que de nombreux « fantasmes » courent sur la prison, qu’il s’agisse du prétendu laxisme de la justice ou de l’insécurité qui y règnerait. Cette activité appelle donc des compétences et des dispositions particulières, sur le plan humain notamment. En outre, dès lors que l’on veut promouvoir l’intervention d’écrivains publics en milieu carcéral, il faut être en capacité de répondre à la demande que nous entendons susciter et donc, à la fois, de susciter des vocations et de permettre aux établissements pénitentiaires de trouver des professionnels formés à cette mission spécifique.
C’est pourquoi la convention prévoit de mettre en place et de dispenser gratuitement (hors frais de transport et d’hébergement) une formation destinée aux écrivains publics professionnels membres d’une association ou d’un syndicat professionnel d’écrivains publics (AEPF, SNPCE, GREC, EPACA-Sud) qui désirent exercer en milieu pénitentiaire.

Dans cette perspective, nous invitons les écrivains publics des quatre organisations précitées qui pourraient être intéressés par cette formation de se faire connaître auprès de l’AEPF (contact@ecrivains-publics.fr) ; mais aussi celles et ceux qui exercent déjà cette activité de nous faire part de leur témoignage personnel.