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Au moment où se libère – enfin ! – la parole des victimes d’inceste, grâce, notamment au livre de Camille Kouchner (La familia grande), mon métier vient, « en direct » et de deux manières opposées, me rappeler la terrible réalité de cette forme de pédocriminalité.

Les hasards ont voulu qu’au moment où je terminais la biographie d’une femme victime, dans son enfance, d’un inceste commis par son père adoptif, j’ai reçu, au Centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, où j’exerce depuis plus de six ans, un homme qui vient d’être condamné, par la cour d’assises du Loiret, à douze ans de réclusion criminelle pour le viol de sa fille adoptive, entre douze et dix-sept ans. Il m’a demandé de l’aider à écrire, à l’intention de sa victime, une lettre qu’il devait remettre à son avocat.
Dans les deux cas, j’ai dû savoir écouter, mais aussi garder la distance nécessaire pour pouvoir ensuite trouver « les mots pour le dire ». Avec compassion dans le premier cas et sans juger dans le second.
À propos de la biographie, j’ai écrit ceci pour la quatrième de couverture (j’ai anonymisé le nom de l’auteure, son autobiographie n’étant pas publique) :

Comme j’ai souvent eu l’occasion de le dire, chaque biographie est pour moi une nouvelle aventure humaine par la relation particulière – intime presque – qu’elle crée entre celui ou celle qui raconte et celui ou celle qui écrit. La chair se fait verbe. […] Et quelle aventure ! Quel récit ! Même si C. écrit dans l’avant-propos qu’elle a conservé quelques parts d’ombre, elle a su, tout au long de nos entretiens, dans la douleur et les larmes parfois, se livrer avec un grand courage, mettre des mots sur l’indicible, sur des maux – terribles – tus pendant plusieurs décennies. Enfant meurtrie, femme engagée et déterminée, mère aimante et aimée, C. participe sans aucun doute, par son récit, au formidable mouvement de libération de la parole des femmes qui marque profondément et durablement notre époque, ici et ailleurs.

Oui, définitivement, la parole libère.

Pascal Martineau

À propos de cette autobiographie, voici ce que m’a écrit la personne que j’ai accompagnée dans l’écriture du récit de sa vie :
« Pascal,
Comment traduire ces deux dernières années que nous avons partagées ensemble pour mettre en page et en mots mon histoire. Je tiens à vous remercier, car si j’ai traversé des moments si difficiles, que plus d’une fois j’ai pensé que ne verrai jamais le bout du tunnel, vous avez su être là, présent, attentif, disponible, bienveillant et cela m’a permis de me dévoiler.
Je terminerai notre aventure par la phrase de Pablo Neruda : “Un seul mot usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie : Merci !”
Bien à vous. »