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Sandrine Laurain est le pseudonyme choisi d’une victime d’inceste décédée jeune d’un cancer avant d’avoir pu révéler son drame et porter plainte contre l’agresseur. Sa mère, quatorze ans après son décès, trouve la volonté, la force et l’aide nécessaire pour réaliser le recueil posthume demandé par sa fille avant sa mort, dans son journal intime.

 

Prendre le temps

Nous avons travaillé ensemble à ce livre depuis cet été, nous avons pris notre temps pour laisser la pensée cheminer, la douleur s’exprimer, les émotions s’accepter, les choix se faire. Nous avons pris le temps de rassembler les témoignages des proches pour faire de ce recueil un hommage partagé.
Le livre est composé de façon à donner à lire les textes retrouvés de la victime, accompagnés, entourés des messages d’amour et des témoignages de ses amies sur la personne pleine de vie qu’elle était. Il est porté par sa maman qui prend la parole pour exprimer sa douleur et sa colère, pour dire son sentiment de culpabilité et son amour encore et toujours.

Prescription pour décès

Ce témoignage interroge également la Justice, il lui pose la question de la prescription dans le cas du décès de la victime, alors que les preuves sont là, qu’une plainte a été déposée et que les témoins ont été auditionnés. L’agresseur, n’ayant pu être inquiété, vit librement, à même de reproduire le crime sur d’autres mineurs, d’autant qu’il est animateur auprès de jeunes.

Anonymat, diffusion et contexte

Le livre est imprimé à tirage familial, destiné aux proches, mais également aux associations nationales d’accompagnement des victimes et de lutte contre l’inceste. C’était le souhait de l’autrice, « non pas de faire un scandale en révélant mon histoire, mais d’écrire un livre, une BD préventive ». Le fait qu’il puisse voir le jour au moment où Camille Kouchner lance un pavé dans la mare qui libère la parole et réveille la Justice, représente un contexte porteur et conforte la maman sur la justesse de son geste.
Je me permets de souhaiter à ce livre courageux, beau et fidèle de trouver écho pour faire entendre aux adultes, aux parents, que nous avons le devoir de prendre soin de nos enfants en les respectant.
À lire également l’article de mon confrère biographe Pascal Martineau, ayant eu lui aussi à accompagner l’écriture de témoignages douloureux sur l’inceste.

Magali Revol
Ancrages