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Espérant des gains de productivité importants, une grande entreprise US du conseil oblige, sous la menace, son personnel d’encadrement à se former à l’IA et à l’utiliser.

Selon le site comptaonline, citant lui-même capital.fr, un « grand du conseil » US nommé Accenture a décidé de refuser toute promotion à ses cadres qui ne se lanceraient pas dans l’usage à grande échelle de l’IA, voire de les licencier s’ils s’y refusent ou trainent les pieds. Mesure pour le moment non applicable à l’Europe, continent où, en général, il faut motiver les licenciements. Or, le motif « vous n’utilisez pas assez l’iA » est difficile à justifier sans espionnage constant de l’activité du salarié, interdit en principe dans nos régions, et d’ailleurs où passerait la frontière entre « utiliser suffisamment », et « utiliser insuffisamment » l’IA ? Mais dans l’esprit de Mme Julie Sweet, dirigeante d’Accenture, le management, c’est comme cela :

L’objectif : rentabilité du modèle économique

Pourquoi ce zèle pro IA chez Accenture ? Parce que (ceux qui ont suivi la journée consacrée en mai 2025 à ce sujet par l’AEPF s’en souviendront) les entreprises d’IA – qui, pour le moment, ne sont pas rentables vu l’ampleur des moyens nécessaires – font beaucoup d’efforts pour convaincre leurs potentiels clients que l’IA est un gisement de productivité considérable. Donc, la patronne d’Accenture, arguant que de nombreuses tâches autour des textes et des rapports et toutes ces choses un peu verbeuses que livrent les entreprises de conseil étaient de routine ou semi-routine, il suffirait d’apprendre à les faire rédiger en grande partie par des machines pour améliorer la productivité de 30 % (concrètement : virer des gens).
Le pire, c’est que ce n’est pas faux. Notamment dans le domaine de l’expertise-comptable, qui n’a jamais été réputé pour sa créativité : son objectif essentiel (et son mérite) est de produire de la conformité aux règles. Mais aussi dans le conseil, dans la politique politicienne, dans le journalisme alimentaire, partout où le discours creux s’insinue.

Un risque de stérilisation de la pensée

Mais que penser de l’efficacité à long terme d’une société où la veine de l’invention, de l’intuition, du fortuit, serait réduite et pourchassée ? Où toute étude ne serait, à 99%, que la recompil’ de la compil’ des pyramides d’études antérieures sur le même sujet, que le rebrassage à l’infini de la sauce du moment, à peine modifiée par la dernière goutte de condiment de la veille ?  Où toute idée qui vous vient sous la douche et que vous ramenez au bureau, encore palpitante, gauche, mais merveilleuse de féconde imprévisibilité, serait motif de mise à mort sociale : « Damned, Fleming, c’est quoi cette histoire de boîtes sans moisissures que vous aviez oubliées pendant vos vacances ? On n’a pas besoin de fantaisistes comme vous, vous êtes viré ». Où une civilisation ne se perpétuerait que par la recopie d’elle-même ?

Conclusion : réfléchissons

Pour en venir à des considérations plus terre à terre, que chacun d’entre nous réfléchisse à ce qui a changé dans sa pratique depuis deux ans, aux marchés qui se sont mystérieusement effondrés, voire volatilisés : traductions, relectures, corrections, productions et remaniements de textes de convenance, et même récits de vie que des plateformes prétendent faire rédiger par des agents conversationnels, etc. Il va falloir se redéployer ou s’enraciner plus fermement que jamais dans des activités pour l’instant à l’abri, car non modélisables, ou négligées par les barbares. Mon voisin hésite entre la brebis et la vache. Dans les deux cas, il sera pauvre. Mais il a encore de l’espoir, imitons-le.